Présentation et historique

Mission

La mission du Centre régional d'interprétation de la vie en forêt est de promouvoir, de sensibiliser et de conserver le patrimoine forestier de la Côte-Nord et du Québec en s'appuyant sur l'histoire de l'exploitation forestière nord-côtière et sur les artéfacts forestiers accumulés et exposés.

Pour réaliser sa mission, le CRIVFF opère un centre d'interprétation sur la vie en forêt qui accueille les touristes, explique la vie sur les chantiers forestiers de l'époque et organise des activités éducatives et de divertissement.

Situé à 20 minutes de Baie-Comeau, le centre d'interprétation de la vie en forêt met en valeur l'histoire forestière à l'origine de la Côte-Nord dans le village de Franquelin entre 1916 et 1960. Les activités telles que la coupe, le halage, la drave et la vie en forêt y sont abordées.

Nos visites guidées permettent d'en savoir plus sur les origines de Franquelin, notamment par les bâtiments typiques, les artéfatcs, les photos d'époque et les nombreuses anecdotes qui illustrent les conditions et les habitudes de vie des bûcherons de cette époque.

En plus des visites guidées, il est possible de savourer de délicieux repas d’antan, notamment nos populaires brunchs du dimanche. Informez-vous afin de connaître nos horaires et activités !

Historique

Site commémoratif du courage de nos ancêtres et d’une fierté nord-côtière

Le Village forestier d’antan de Franquelin est un site qui commémore une époque cruciale du développement de la Côte-Nord: l’implantation de l’industrie forestière au début du XXe siècle. La Côte-Nord étant une région hostile, les conditions de vie des premiers travailleurs forestiers sont pénibles. Malgré tout, une fierté d’y travailler et une volonté d’y vivre s’installe et s’organise.

Lors de votre visite au village, vous retournerez à l’époque des chantiers forestiers construits par de grandes compagnies de pâtes et papiers américaines. Vous pourrez même vous mettre à la place de nos pionniers grâce à la visite guidée des reconstitutions de camps forestiers construits en bois rond. À l’intérieur, vous y découvrirez une mise en valeur des collections d’équipements forestiers d’origine.

Les premiers travailleurs forestiers ont su user de leur courage pour s’adapter à un mode de vie sauvage et difficile. Grâce à eux naîtront les premiers villages de la Côte-Nord, dont Franquelin. Par la suite, femmes et enfants biens vaillants suivront leur pourvoyeur dans l’aventure du développement de la Côte-Nord.

Saviez-vous que …?

L’endroit où s’est fondé Franquelin
se surnommait d’abord Baie-des-Cèdres.

Ce n’est que dans les années 1920
que le nom de Franquelin est utilisé officiellement
par les villageois.

Franquelin à travers l’histoire de l’industrie forestière de la Côte-Nord

Du commerce de la fourrure à l’exploitation forestière

À la fin du XIXe siècle, le gouvernement rend disponible les premières concessions forestières sur la Côte-Nord, enlevant ainsi le monopole aux compagnies qui font le commerce de la fourrure, dont la Hudson Bay Company qui s’y est bien fait connaître.

En 1902, le territoire de Franquelin devient la concession forestière des frères Jalbert. Ces mêmes derniers ont d’ailleurs développé le fameux Moulin de Val-Jalbert au Saguenay, si bien connu. Malgré le potentiel forestier de cet endroit où l’on retrouve une grande rivière nécessaire au transport du bois, la rivière Franquelin actuelle, ce n’est qu’à la fin des années 1910 que l’exploitation commence.

L’industrie du sciage à l’industrie de pâtes et papiers.

Le début du XXe siècle est une époque marquée par la montée du divertissement aux États-Unis. Devenant plus accessible auprès de la société américaine en général, s’exerce ainsi une demande grandissante du papier journal. Les grandes compagnies de journaux recherchent des concessions forestières accessibles afin de s’approvisionner en bois. En effet, avec la fibre de bois, ils réussissent à produire la pâte idéale pour faire le papier journal.

Manquant de cette ressource chez eux, ces compagnies voient le Québec comme étant le territoire parfait pour y exploiter le bois. Ils pourront ainsi alimenter leurs usines de pâtes et papiers d’abord installées en Ontario. Plus tard, nous verrons des usines s’établir au Québec comme celle de Baie-Comeau dans les années 1930.

Saviez-vous que …?

En 1885, le papier journal était composé de 40 % de bois, 40 % de guenille,
10 % de paille et 10 % de pâte (bois) chimique.

Saviez-vous que …?

En 1910, le gouvernement instaure une loi obligeant les grandes compagnies américaines
à transformer le bois exploité au Canada, créant ainsi des emplois pour les citoyens.

Un départ difficile pour Franquelin : la Franquelin Lumber and Pulpwood Company

En 1918, un certain Eshbaugh de l’Île d’Anticosti constate le potentiel de coupe à Franquelin. Il y installe le premier chantier forestier dirigé par la compagnie Franquelin Lumber and Pulpwood. On voit donc apparaître les premières installations comme un quai, un moulin, une dalle, etc. De braves travailleurs forestiers de la Gaspésie viennent y travailler. Malheureusement, de multiples situations imprévisibles de la nature, comme la difficulté d’approvisionner en eau la dalle, les tempêtes qui secouent le quai et la menace constante de l’ennemi numéro un des forestiers, les feux de forêt, empêchent le moulin à scie d’être rentable. Dès 1920, certains hommes découragés commencent à quitter.

Saviez-vous que …?

Les structures du premier quai
construit en 1918 sont toujours visibles aujourd’hui
près du fleuve entre Franquelin et Pointe-Mistassini.

Un espoir qui renaît à Franquelin : le colonel McCormik et la Ontario Paper Company

Eshbaugh cherche des investisseurs pour récupérer ses pertes et sauver le chantier. L’homme de la situation est un Américain, le colonel McCormik, président et propriétaire du Chicago tribune Newspaper. En 1912, il construit un moulin en Ontario et cherche une source d’approvisionnement en bois de pulpe qui est régulière et accessible. Il acquiert des territoires de coupe sur la Côte-Nord dont celui de Shelter Bay. Des échanges avaient déjà eu lieu entre les deux hommes sur l’Île d’Anticosti et se sont suivis des voyages de pêche amicaux sur la rivière Mistassini.

En 1919, un deuxième journal est publié: le New York Daily News. Le colonel McCormik cherche de nouveaux territoires et la concession de Franquelin est finalement achetée en 1920 par la Ontario Paper company dirigé par celui-ci. Franquelin est sauvé ! En 1921, un million de dollars est investit pour améliorer et moderniser les installations. C’est énorme pour cette époque. On remplace le système de vapeur par l’électricité grâce à la construction d’un petit barrage sur la rivière Franquelin. La communauté est encouragée et l’avenir des travailleurs qui ont décidé de rester semble prometteur.

Deux styles de vie bien distincts : au village et dans l’bois

Le processus d’exploitation d’une concession se fait en plusieurs étapes et cela demande une grande organisation, des équipements bien installés et, bien-sûr, la force et le grand courage des travailleurs forestiers.

Les étapes primordiales pour un bon fonctionnement des opérations sont d’abord l’exploration du territoire par de grands aventuriers pour y faire l’inventaire de la ressource pour ensuite assigner les terrains aux Jobbers. Ces derniers engagent les bûcherons provenant principalement de la Gaspésie et de la Côte-du-sud. Débute par la suite l’aménagement du chantier où la vie tourne autour du magasin général, du bureau, du bunkhouse (dortoir des hommes) et de la cookerie . Suivront à l’automne les étapes comme la coupe, où le bon maniement de la hache et du sciotte sont nécessaires, le mesurage et le halage à l’aide de chevaux. Au printemps, la drave commence et c’est l’arrivée du bois au moulin pour y faire l’écorçage dans le drum. Les pitounes sont transportées dans la dalle pour être finalement chargée dans la barge.

Pour les Nord-Côtiers des années 1920, résider dans un village de compagnie se compare à vivre en ville puisqu’il y a une diversité de services ainsi que des loisirs. (Transport par bateau, cométique, télégraphie (1889) et l’arrivée des premiers hydravions.)

Saviez-vous que …?

La source actuelle de Franquelin
est celle d’origine des premiers chantiers forestiers.
On la surnommait le “croche d’la r’source”
qui était située près du chemin de l’ancien quai.

La suite jusqu’en 1955 : la mécanisation de l’industrie forestière à la fermeture

Malgré la grande crise économique de 1920, les opérations continuent. Même que dès les années 1930, les camps sont plus grands et plus confortables. En 1938, l’Ontario Paper Company devient la Québec North Shore Paper. Dès les années 1940, les premiers tracteurs arrivent sur les chantiers et remplacent les chevaux. Les bûcherons deviennent mécaniciens et chauffeurs.

Dès les années 1950, les ressources forestières s’épuisent et le prix du papier devient incertain. Certains chantiers doivent fermer et celui de Franquelin n’est pas épargné : en 1955, la belle aventure de ceux qui ont mené notre passé à bout de bras prend fin.